Re-Naissance

Eloge de l’ombre de Tanizaki Junichiro
« Contrairement aux Occidentaux qui s’efforcent d’éliminer radicalement tout ce qui ressemble à une souillure, les Extrêmes-Orientaux la conservent précieusement et telle quelle, pour en faire un ingrédient du beau. »

Sur mes photos de corbeilles, poubelles, détritus, encombrants.
Par Anny Romand

Ce que je recherche dans les déchets, dans ce qui est jeté, abandonné, renié, dénié, ce sont les émotions qu’ils suscitent.
Car tout ce que les êtres humains utilisent,   consomment et ensuite jettent à la poubelle sont des résidus du démoli, du déchiqueté, du sale, du souillé, de l’éliminé, supposés n’avoir aucune valeur, une valeur déniée. La valeur a été enlevée à un objet par la consommation et le reste est jeté.

Et c’est ce reste qui m’intéresse et que je vais voir à travers l’œil de l’appareil photographique. Repêcher ce qui est considéré comme un déchet, une ordure sans valeur, une non-valeur pour lui rendre une valeur artistique.

A la recherche de ce qu’on ne regarde pas en tant que valeur. Mais aussi ce qu’on jette décrit la société dans laquelle nous vivons par nos goûts, nos habitudes, nos refus.
Reflet de la personnalité de nos contemporains.

L’artiste révèle un secret contenu au fond des choses présentes dans le réel, dans la nature. Il donne à voir ce qui est visible mais non vu, non apprécié, non considéré.
Par le travail de son regard, il apporte une nouvelle façon de regarder.

En effet, les objets jetés dans les corbeilles sont à détruire car sans valeur mais étonnamment ils brillent de couleurs, de formes, d’objets, de messages écrits qui ne demandent qu’à être cueillis comme on cueille des fleurs dans un champ.

Aller chercher la beauté partout où elle se cache.